Portrait : Pyrros Dimas

par | Mai 17, 2022 | Portraits

Pyrros Dimas est bien connu pour être l’olympien le plus décoré de tous les haltérophiles. Dimas a rarement été battu, surtout sur la plus grande scène de toutes, les Jeux olympiques. Il est l’un des rares haltérophiles à avoir remporté trois Jeux Olympiques. Il a également participé à cinq championnats du monde et en a remporté trois. Au cours de sa carrière, il a établi onze records du monde : cinq à l’arraché, trois à l’épaulé-jeté et trois au total.

 

LES PREMIERS PAS DU JEUNE PYRROS

 

Pour commencer, parlons d’abord de l’enfance de Dimas, pour essayer de mieux comprendre le contexte de sa vie et ainsi l’origine de ses ambitions et de sa motivation. Contrairement à ceux que certains pensent, Pyrros n’a pas été élevé en Grèce, mais dans le sud de l’Albanie. À cette époque l’Albanie était sous le régime communiste et aligné sur l’Union soviétique, c’était un régime difficile. L’information et les médias dans ce pays étaient étroitement contrôlés, tout ce qui entrait ou sortait du pays était manipulé dans une certaine mesure. En fin de compte, pour Dimas, l’haltérophilie serait un moyen pour lui et sa famille d’échapper à cette dure existence.

 

La vie de Pyrros a changé à l’âge de ses sept ans lorsque, par une chaude journée d’avril, il rentrait de l’école à pied et qu’il a aperçu un pommier. Affamé, il grimpa sur l’arbre pour en voler une. À un moment, un homme, que Dimas supposait être le propriétaire de l’arbre, l’interpela. Comme n’importe quel jeune enfant l’aurait fait, Dimas s’est enfui, essayant d’échapper à cet homme. Mais, à l’aide d’un vélo, l’homme le rattrapa. Il lui expliqua qu’il ne poursuivait pas un voleur de pommes, mais qu’il voulait simplement savoir si Dimas voulait essayer l’haltérophilie. Dimas ne comprenait pas pourquoi mais l’homme a déclaré qu’il avait remarqué à quel point les jambes de Dimas étaient fortes quand il avait tenté de grimper à l’arbre. Vous connaissez la suite, Dimas a accepté l’offre et a commencé l’haltérophilie.

 

Lors de son premier entrainement, Dimas a squatté 55kg, un poids qui a étonné le reste du gymnase, en effet à ce moment-là il n’avait que sept ans ! Dimas adorait s’entraîner et a très vite commencé à arriver une heure en avance et à rester une heure de plus pour observer les autres enfants plus âgés s’entrainer.

UN JEUNE HOMME DÉJÀ ACHARNÉ 

 

Pendant les dix premières années de sa carrière, Dimas s’est entraîné tous les jours, devenant ainsi plus fort et plus obsédé par le sport. Quand il a eu quatorze ans, encore une fois par hasard, Dimas a déménagé et a commencé à s’entraîner deux fois par jour, le matin et le soir avant et après l’école. Il s’agissait de construire une base. Dimas a déclaré qu’il effectuait beaucoup de répétitions et de séries, rarement en dessous de 80%. 

 

Vers l’âge de dix-sept ans, il a remporté les championnats nationaux en senior et a commencé à prendre les choses beaucoup plus au sérieux. Dimas raconte qu’il a était fortement motivé par Yurik Vardanyan, qui avait alors le plus haut Sinclair de tous les temps. Dimas a rappelé que c’est en regardant Yurik concourir qu’il s’est rendu compte que s’il s’y mettait, il pourrait devenir le meilleur au monde. C’est donc petit à petit que Pyrros a commencé à changer : il a commencé à bien manger, a cessé de voir ses amis et s’est complètement consacré à l’haltérophilie.

À ce stade, jusqu’en 1991, juste un an avant ses premiers Jeux olympiques, Dimas était toujours citoyen albanais. Il a participé aux championnats du monde en 1989 et aux championnats d’Europe en 1990 ou il est d’ailleurs répertorié dans les résultats sous la forme albanaise de son nom, Pirro Dhima. A l’époque, pour des raisons politiques, personne n’était autorisé à quitter le pays, et cela ne faisait pas exception pour Dimas. Cependant, en 1991, il a réussi à traverser la frontière, apparemment sous prétexte de se faire opérer. Il a ensuite réussi à obtenir la citoyenneté grecque juste à temps pour les Jeux olympiques de 1992 à Barcelone.

 

UN ENTRAINEMENT EXTREME !

 

Un an avant les Jeux olympiques de Barcelone, Dimas a rencontré l’entraîneur Grec Christos Iakovou et a commencé à s’entraîner sous ses ordres, avec ses coéquipiers Valerios Leonidis et Kakhi Kakhiasvillis. Lakovou a ensuite introduit Dimas au « système bulgare », une méthode d’entraînement rendue célèbre par l’entraineur Ivan Abadjiev. En gros, il s’agissait d’effectuer des simples lourds plusieurs fois par jour. Dimas a expliqué qu’ils faisaient trois séances par jour.

La première, juste après le petit-déjeuner à 8 heures du matin, commençait par du squat, ensuite des arrachés, des épaulés jetés, et enfin des front squat.

À 13 heures, ils déjeunaient et se reposaient.

À 16 heures, ils retournaient au gymnase pour leur deuxième séance avec à nouveau des arrachés, des d’épaulés jetés.

Après cela, ils dînaient à 19h30 avant de retourner au gymnase à 20h, où ils faisaient soit de l’arraché soit de l’épaulé jeté, et pour terminer la journée, à nouveau du squat.

Ils ont fait cela tous les jours, trois séances par jour, pendant de nombreuses années. La seule variation était qu’ils alternaient entre 100% et 85% un jour sur deux. Pour en savoir plus sur la brutalité de cette méthode d’entrainement, vous pouvez retrouver notre article sur le sujet.

LA PREMIERE MÉDAILLE D’OR OLYMPIQUE

 

En 1992, Dimas a participé à ses premiers Jeux olympiques. Il a tiré dans la catégorie des -82,5kg. Ayant fait 165kg à l’arraché quelques mois plus tôt, il a ouvert à 162,5kg, sachant que 167kg serait probablement suffisant pour gagner. Il a raté 167kg à sa deuxième tentative mais l’a fait lors de sa troisième tentative, c’était suffisant pour obtenir la première place à l’arraché.

Après un épaulé-jeté à 202,5kg, Dimas était à égalité avec le polonais Krzysztof pour un total à 370kg mais a gagné au poids de corps. A vingt et un ans, il décroche sa première médaille d’or olympique. Son amour pour la Grèce a brillé lors de son épaulé-jeté final, il a crié « Gia Tehn Hellada », traduisait : « Pour la Grèce ».

 

Malgré ses premiers succès, Dimas a déclaré qu’il avait fallu quatre ans, de 1991 à 1995, pour s’adapter et s’acclimater pleinement au système bulgare, qu’il a finalement apprécié comme étant au cœur de son succès en tant qu’athlète. A l’entraînement, l’ambiance était intense. La salle d’entraînement était calme et tranquille, rarement quelqu’un parlait. Au cours de ces entrainements, Dimas a réalisé ses plus grosses barres, 190kg à l’arraché, 220kg à l’épaulé-jeté et 325kg au squat !

 

 

DES RECORDS DU MONDE ENCORE ET ENCORE !

 

C’est aux Championnats d’Europe de 1995 à Varsovie que Dimas a commencé à battre des records du monde. Il a battu le record du monde à l’arraché à deux reprises, avec 176kg et 177,5kg. Il a également épaulé jeté un nouveau record avec 211kg, faisant au passage quelques records du monde au total, avec le plus élevé à 387,5kg.

Pour mettre ses barres dans un contexte plus récent, aux Jeux olympiques de Rio 2016 dans la catégorie des -85kg, la catégorie la plus impressionnante de la compétition, l’arraché gagnant était de 179kg, soit seulement un kilo et demi de plus que Dimas, à deux kilos et demi de plus de poids de corps.

La même année, Dimas réalisa un épaulé-jeté à 212,5kg, pour un autre record du monde.

 

À l’approche de ses deuxièmes Jeux olympiques en 1996, Dimas atteignait son apogée. Il était à son niveau le plus élevé et c’est durant cette période qu’il a atteint son meilleur total. À Atlanta, Dimas a ouvert très fort dans la première partie de la compétition, arrachant un autre record du monde, avec 180kg ! Cette barre lui a donné une avance de dix kilos sur le reste des athlètes, composé notamment de l’Allemand Marc Huster.

À l’épaulé-jeté, Dimas a fait ce que Dimas fait de mieux et a réalisé un autre record du monde. Cette fois, il a épaulé et jeté 213kg, établissant un nouveau record du monde au total à 392,5kg. Le total validé a été de 212,5kg sur l’épaulé-jeté, car seuls deux kilos et demi comptaient pour le total à l’époque. Quelques instants plus tard, Marc Huster prolongeait le record du monde à l’épaulé-jeté, mais pas suffisamment pour se rapprocher de Dimas au total. La performance de Dimas était extraordinaire.

 En 1999, il a encore battu le record du monde à l’arraché avec cette fois 180,5kg.

 

DES JEUX OLYMPIQUES INTENSES !

 

Aux Jeux olympiques de Sydney en 2000, Dimas était à nouveau le favori. Mais lors de cette compétition, il a terrifié le public, son entraîneur, ses coéquipiers et son pays. La seule personne qu’il ne terrifiait pas, la seule personne qui comptait vraiment, c’était lui-même. Après avoir raté ses deux premières tentatives à l’arraché à 175kg, l’une d’entre elles pour ne pas avoir levé la barre à temps, Dimas a finalement réussi sa troisième tentative.

Cela a laissé Dimas à la troisième place à l’arraché, deux kilos et demi derrière Marc Huster, et cinq kilos derrière Georgi Asanidze, qui a arraché 180kg.

À l’épaulé, Dimas a dû ouvrir lourd, ce qu’il a fait avec 210kg. Asanidze a également fait 210kg, mais n’a pas pu faire 215kg lors de ses deuxièmes et troisièmes tentatives. Marc Huster, deux kilos et demi derrière Asanidze, a fait 212,5kg, l’égalant au total, mais avec de l’avance sur le poids de corps. Dimas, plus léger qu’eux tous, avait besoin de 215kg pour égaliser Huster et Asanidze et ainsi gagner. Il a épaulé la barre difficilement, la décrivant plus tard comme si elle pesait 500kg.

Cependant, il quand meme réussi à la jeter, il a fait 215kg, remportant ainsi sa troisième médaille d’or.

 « Il est facile de devenir champion olympique », a fait remarquer Dimas, « mais il est difficile de maintenir ce niveau. » Dimas avait réussi à le maintenir pendant trois Jeux olympiques consécutifs !

 

UNE FIN DE CARRIÈRE « PRESQUE » PARFAITE

 

Quatre ans plus tard, les Jeux olympiques de 2004 se sont déroulés à Athènes, sa ville natale. Âgé de 33 ans, Dimas avait de nombreuses blessures à son actif et, selon les normes de l’haltérophilie, vieillissait. Ses barres avaient quelque peu diminué, mais quelle belle façon d’arrêter, devant son public, dans son pays d’origine ; un pays qui l’avait soutenu pendant des années et qui l’avait sauvé du dur régime albanais.

Alors que Dimas s’échauffait pour concourir, son poignet a commencé à lui faire mal. C’était tellement grave qu’ils ont dû augmenter sa barre d’ouverture pour gagner du temps et ainsi permettre au médecin de le vérifier. Ainsi, au lieu de commencer à 167kg, Pyrros a ouvert à 170kg. Pyrros a réussi sa première barre et, bien qu’il pensait que 172kg était la prochaine barre idéale à tenter, il a décidé qu’il n’y avait pas de différence entre 172 et 175, du moins pas pour lui. Lors de sa troisième et dernière tentative, il a réussi. Cela le plaçait à la troisième place, à deux kilos et demi derrière Asanidze à nouveau, et à cinq derrière Andrei Rybakou.

Concernant l’épaulé-jeté, Dimas a réalisé 202,5kg. Rybakou n’en avait fait que 200 et Asanidze 205. Avec une tentative restante, Pyrros a tenté 207,5kg, un poids qui lui donnerait la victoire. Cela ferait également de lui le seul haltérophile à remporter quatre médailles d’or olympiques. Mais comme pour beaucoup de personnages de la mythologie grecque, mi-homme, mi-dieu, les choses ne fonctionnent pas toujours. Icare a volé trop près du soleil. Achille a été touché par une flèche. Dimas, pour la première fois de sa carrière, n’a pas pu conquérir le monde sur la scène olympique …

 

Les événements qui ont suivi ces barres sont, à mes yeux, parmi les plus grands moments de l’histoire olympique. Dimas enleva ses chaussures et les posa sur la plateforme, signe qu’il s’était retiré. Concourir dans son pays était, selon lui, plus grand que n’importe quelle médaille d’or qu’il n’ait jamais remportée. Alors qu’il montait sur le podium pour recevoir la médaille de bronze, toute la foule de Grecs s’est levée et a rugi, célébrant et honorant la carrière de Pyrros Dimas. Pendant douze minutes, toute la cérémonie de remise des médailles s’est déroulée sous les chants de la foule. Au cours de ces douze minutes, il est devenu clair à quel point Dimas comptait pour la Grèce. C’était un héros national et les acclamations de la foule ont fait monter les larmes aux yeux de l’homme qui avait tant sacrifié en échange du pays qui l’avait accueilli.

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