Vous ne comprenez pas l’accent irlandais de Clarence Kennedy et vous ne pouvez donc pas participer aux débats sur le dopage avec vos potes suite à sa nouvelle vidéo ?

Alors cet article est fait pour vous ; nous avons synthétisé le contenu de sa vidéo et nous l’avons enrichie de nos commentaires, bonne lecture.

 

La vidéo de Clarence Kennedy 

 

Le 2 avril 2021, Clarence K. à posté sur sa chaîne YouTube, Clarence0, la vidéo : « Why I’m Against Anti-Doping ».

Clarence is against anti-doping

Le sujet de la vidéo est très controversé et cette dernière avait toutes ses chances de devenir virale dans le milieu du sport de haut niveau, Clarence préfère alors préciser dès le départ :

  • C’est une vidéo purement éducative et il ne préconise en rien l’utilisation de produits dopants (PED’s en anglais : Perfomance-Enhancing Drugs)
  • Si le système anti-dopage n’avait aucune faille, il le soutiendrait complètement
  • La vidéo met en images les problèmes du système anti-dopage actuel, mais ne propose pas de solution, il s’agit simplement d’une critique
  • Enfin, il n’est pas contre les gens qui sont en faveur du système anti-dopage, il exprime seulement son opinion personnelle

 

Dans sa vidéo, l’haltérophile de renom prend parti contre le système anti-dopage actuel pour les raisons que nous verrons par la suite. Nous souhaitons partager le contenu de sa vidéo en français, car, malgré sa position que beaucoup trouvent condamnable, sa démarche est éducative et ses arguments sont fondés.

Le monologue de 32 minutes de l’Irlandais traite d’un réel problème qui ronge le monde de l’haltérophilie depuis de nombreuses années et qui, rappelons-le, risque de mener à l’expulsion de l’haltérophilie des Jeux olympiques.

Mais dans le contexte actuel, les JO ont-ils réellement un intérêt pour les sportifs ?…

Attendez d’écouter ses arguments avant de vous faire un avis.

 

Le contexte 

 

« À peu près tous les athlètes professionnels de haut-niveau utilisent des produits dopants et le font depuis des décennies. Et, même si cela est évident pour un bon nombre d’entre vous (*ses spectateurs*), ça me dépasse complètement le nombre de personnes qui ne sont pas du tout au courant de tout cela. » explique-t-il.

Il aborde ainsi le sujet du dopage à un niveau global en traitant aussi des autres sports que nous voyons aux Jeux Olympiques, il ne réduit pas son analyse à l’haltérophilie.

Pour les personnes qui réfuteraient la présence du dopage général dans le sport de très haut niveau, Clarence évoque des documents qui ont étaient déclassifiés, donc trouvables sur Internet, communiquant sur les études faites par certains pays sur l’évolution des performances des athlètes en fonction des produits injectés.

L’irlandais mentionne aussi la grande quantité d’athlètes testés positifs plusieurs années après leurs compétitions lors de tests rétrospectifs*. Et ce, dans de nombreuses disciplines, comme le 100 m en athlétisme par exemple.

Si tant de sportifs sont testés positifs de nombreuses années après avoir concouru sachant que les tous athlètes d’une compétition ne sont jamais testés : comment penser que les athlètes non-testés ne seraient pas eux-mêmes dopés ?

(*Tests rétrospectifs : durant les grandes compétitions, les échantillons prélevés lors des tests anti-dopage sont conservés par les laboratoires et peuvent ainsi être testés des années après lorsque la médecine anti-dopage a pu faire des progrès sur la détection)

Grigory Rodchenkov, directeur de l’agence russe anti-dopage (et « héros » du reportage Icare !) découvre en 2011 une méthode pour détecter les métabolites à long terme du Turinabol oral (stéroïde anabolisant). Le temps de détection passe alors d’environ une semaine à 60 jours ! Suite à la découverte de ce test, les échantillons B prélevés sur des centaines d’athlètes des années auparavant (2008-2012) furent re-testés, et un véritable Tsunami a secoué le sport de l’haltérophilie ! Le nombre de contrôles positif est ce qui a poussé le comité Olympique à menacer d’expulsion des JO l’haltérophilie (l’un des sports originaux des jeux !). Cette méthode, mise au point par le scientifique russe, a été surnommée par bon nombre d’athlètes « THE DREAM KILLER ».

 

Les dark-sides du système anti-dopage 

Logo de WADA

L’Agence Mondiale Anti-Dopage (WADA : World Anti-Doping Agency) soutien que son propre but est d’établir des règles de jeu équitables pour tous les athlètes afin de leur permettre de se concentrer sur la poursuite de l’excellence à travers leurs talents naturels.

 Extrait que nous pouvons trouver sur le site de WADA :

Extrait du site de WADA

L’haltérophile questionne alors : malgré ces nobles ambitions, peut-on vraiment dire que WADA créé un milieu équitable pour les athlètes ?

Clarence regrette le fait que les aspects négatifs du système anti-dopage ne soient jamais cités et soutient que le système actuel va complètement à l’encontre de ses propres ambitions en donnant plus de chances aux athlètes de certains pays que d’autres.

 

À ce stade de la vidéo, il met en parallèle deux pays, les USA et la Corée du Nord.

Un athlète de haut niveau aux États-Unis se fait tester plusieurs fois par an en dehors des compétitions et de manière inopinée. En revanche, un athlète en Corée du Nord ne se fait jamais tester inopinément, et d’ailleurs, ne se fait quasiment jamais tester tout court. Car, pour qu’un agent de la WADA puisse entrer en Corée du Nord, il lui faut un visa, ce qui alerte donc le gouvernement de sa venue. Le gouvernement en question prévient alors les athlètes de la date approximative des contrôles.

En plus de cela, ces démarches rendent les contrôles plus compliqués à mettre en place et plus coûteux : ils sont d’autant moins fréquents.

La Corée du Nord n’est pas le seul pays de ce cas, et pourtant des athlètes de ces mêmes pays gagnent des médailles aux Jeux olympique.

 

Peut-on toujours continuer à parler d’équité apportée par le système anti-dopage ?

 

Et si le système anti-dopage n’existait pas ? 

Légalisation des produits dopants

L’haltérophile irlandais affirme alors que sans système anti-dopage, le sport n’en serait que plus juste et plus équitable. Selon lui, l’inexistence de tout système anti-dopage serait plus en accord avec les ambitions de WADA que l’existence de la politique actuelle qui favorise les athlètes de certains pays.

Il assure que les athlètes qui gagnent les compétitions sont ceux avec le meilleur accès aux produits dopants en fonction de leur pays et des moyens dont ils disposent.

Pour le citer : demander aux athlètes de ne pas se doper, c’est comme demander aux soldats de ne pas utiliser d’armes à feu pendant une guerre.

Les enjeux pour les athlètes ne se résument pas à la gloire de gagner une médaille. Il y a surtout des enjeux financiers et politiques.

Pour l’irlandais, l’unique fonction de WADA est de faire croire aux enfants que le sport de haut niveau est une pratique « healthy », bonne pour la santé et l’esprit. Alors qu’une telle pratique du sport est rarement bonne pour la santé, d’autant moins avec l’utilisation des produits, et que c’est un milieu régit par la corruption.

L’haltérophile rappelle que, pour améliorer la santé des pratiquants, il préférerait que le sport soit 100 % naturel, mais que les inégalités et la désinformation créée par le système actuel sont plus préjudiciables qu’autre chose.

D’autant plus que les coûts annuels de WADA sont énormes ($228 millions).

Pourquoi payer de telles sommes pour de si piètres résultats ?

 

Déroulement des tests anti-dopage 

Clarence juge utile de nous présenter le fonctionnement d’un test anti-dopage. 

D’après ses dires, le produit dopant le plus commun est la testostérone, produit connu et étudié depuis plusieurs décennies. Et pourtant, toujours aucun test fiable n’existe pour détecter un tel dopage.

 

Résumons sa présentation des tests :

 

Quand le corps produit de la testostérone il produit également une molécule appelée l’épitestostérone selon un même ratio d’environ 1:1.

Quand le corps élimine l’une des molécules, il élimine l’autre dans les mêmes quantités et par le même processus organique. Donc, logiquement, quelqu’un de naturel aura un ratio testostérone/épitestostérone d’environ 1:1.

Donc, ce test repose sur la mesure du ratio entre ces deux molécules. Si un athlète a un ratio testostérone:épitestostérone supérieur à 4:1, il sera considéré comme dopé.

 

Maintenant, les failles de ce test :

 

À cause de la génétique, certaines personnes n’ont pas des ratios de 1:1 entre les molécules, car ils éliminent mieux la testostérone que l’épitestostérone. Naturellement, certaines personnes ont été testées avec des ratios pouvant aller jusqu’à 0,1:1.

Donc ces dernières pourraient faire une cure légère mais tout de même impactante sans que cela ne soit détectable par le test. On sait aussi désormais que l’origine d’une personne influe sur ces ratios : un Asiatique aura par exemple beaucoup moins de traces de testosterone dans l’urine, et, même dopés, n’excèderait pas les ratios imposés par l’agence mondiale anti-dopage.

De plus, des laboratoires ont réussi à synthétiser l’épitestostérone, et donc les athlètes peuvent se l’injecter en parallèle de la testostérone pour passer les tests sans sortir des ratios établis.

Enfin, il existe un autre test, celui de l’isotope de Carbone, plus précis que celui des ratios, mais qui coûte beaucoup plus cher. Il n’est donc utilisé qu’en cas de résultats positifs au premier test.

 

 

Ceci est très résumé, ce qu’il faut retenir, c’est que les tests sont approximatifs et qu’en jouant sur certains facteurs (la génétique, les durées de demi-vie, micro-dosage, etc..), les athlètes dopés peuvent passer au travers de la détection.

Enfin, pour contourner les tests, les athlètes choisissent également parfois des produits moins connus et moins étudiés qui sont beaucoup plus dangereux pour la santé. Clarence assure qu’en plus de ne pas créer de pieds d’égalité pour les athlètes, WADA les force à prendre des risques en utilisant des produits plus dangereux pour gagner sans être détectable.

Sans WADA, les athlètes pourraient au moins avoir la liberté de choisir des produits avec plus de recherches et donc des effets secondaires mieux connus et plus maîtrisés, explique-t-il.

Quand un produit est classifié « produit dopant » par WADA, les recherches médicales sur ce dernier deviennent bien plus compliquées et sont donc rares car difficiles à mettre en place. Les effets secondaires restent donc souvent inconnus et il est difficile de trouver les protocoles les plus sûrs pour les athlètes.

 

Sans WADA, les produits dopants seraient mieux connus et donc leur utilisation moins dangereuse.

 

La corruption impliquée par le système anti-dopage 

Clarence cite ici le reportage Icare (disponible sur Netflix), où pour les JO 2014 à Sotchi, les russes avaient installé une contre salle derrière le local de prélèvements anti-dopage. Lors des contrôles des athlètes russes, des échantillons d’urines « propres » étaient donnés aux athlètes via un trou dans le mur. Ainsi, l’urine testée n’était même pas celle des athlètes en question.

Clarence n’en parle pas dans cette vidéo, mais vous avez peut-être vu passer une info comme quoi des haltérophiles avaient eu recourt à des sosies pour passer des tests à leur place (lire ici).

Il y a également eu chez les femmes, des poches d’urine « propre » placées dans le vagin. Les athlètes crevaient les poches lors du contrôle et fournissaient donc, à nouveau, une urine qui n’était pas la leur.

Ainsi, même avec un test 100% efficace sur les échantillons prélevés, les nations usants du dopage sur leurs athlètes ne manqueraient pas de moyens ni d’imagination pour prodiguer de faux échantillons.

 

Pour parler de corruption au sens propre du terme, Clarence remémore l’affaire des virements de plusieurs millions d’euros réalisés à des dirigeants de l’IWF pour couvrir des allégations de dopage visant des haltérophiles russes.

D’ailleurs, suite à l’enquête et au reportage de la chaine Allemande ARD dénonçant une culture de la corruption autour du dopage dans l’IWF, l’ancien président de l’IWF, le Hongrois Tamas Ajan, a démissionné au début de l’année 2020.

Il a laissé sa place à l’américaine Ursula Papandréa en tant que présidente par intérim. Elle a essayé de lancer une réforme de l’IWF, mais elle a alors été virée sur un vote du bureau de l’IWF pour être remplacée par Intarat Yodbangtoey (Thaïlande), un homme étant déjà impliqué dans une affaire de corruption (affaires de dopages chez les jeunes athlètes Thaïlandais, dès l’âge de 13 ans !).

Il a ensuite démissionné deux jours plus tard suite à la pression de Comité Olympique International. Mais ceci met bien en relief les mauvais travers du bureau actuel à tendre vers la corruption. Toutefois, un nouveau vote pour tout le bureau devrait avoir lieu, affaire à suivre (dans un autre post? si ça vous intéresse dites le nous en commentaire).

 

 

En conclusion :

Ainsi, l’haltérophile irlandais soutient que le système antidopage actuel est moins éthique qu’un système sans antidopage. Car il créé des inégalités, il favorise la corruption, il diabolise l’ensemble des produits dopants, il incite les athlètes à utiliser des produits dangereux et enfin, il fait croire aux jeunes que le sport de haut niveau est propre.

Dans cet article, nous vous avons exposé le point de vue de Clarence qui est réfléchi et bien argumenté. Si vous avez trouvé ses propos intéressants, n’hésitez pas à le suivre sur les réseaux sociaux: son insta et sa vidéo

 

 

Après avoir lu tous ces éléments, pour ou contre le système anti-dopage ?

 

Dans le prochain article, nous opposerons aux arguments de Clarence ceux de Seb Ostrowicz de Weightlifting House !

 

Pour aller plus loin, vous pouvez vous procurer le livre « The sport is steroids », de Jim Rutter. L’haltérophile a sorti en 2020 un ouvrage relatant la vie de Pat Mendez, haltérophile Américain ayant eu recourt aux produits anabolisants afin d’atteindre le haut niveau. Dans cet ouvrage, certains arguments de Clarence y sont défendus : notamment la difficulté pour un athlète américain de concourir contre des haltérophiles de nations où la corruption et le dopage sont des affaires d’état : Pat a voulu jouer avec les mêmes armes, mais le système anti-dopage aux USA était bien moins permissif que celui d’autres nations de l’haltérophilie.

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